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Effet de levier du financement non dilutif : l’évaluer dans le montage global

L’effet de levier du financement non dilutif correspond à la capacité de renforcer le financement global d’un projet par du financement dilutif.

Certaines aides sont conditionnées à un niveau minimal de fonds propres. L’enjeu consiste alors à coordonner la levée en equity et la demande d’aide afin de financer le programme avec la dilution strictement nécessaire. En règle générale, le non-dilutif ne remplace pas la levée : il en augmente la portée. C’est l’effet de levier.

Cette articulation est particulièrement importante lors d’une levée. Le montant d’equity doit être défini en tenant compte des aides accessibles, de leur calendrier et des dépenses qu’elles peuvent couvrir. Une levée trop faible peut empêcher d’atteindre le niveau de fonds propres requis. À l’inverse, une levée dimensionnée avec les aides attendues peut financer un programme plus large sans augmenter la dilution au-delà du nécessaire. Et comme souvent dans la réalité rien ne se passe comme prévu, il faut donc conserver une certaine souplesse et réadapter régulièrement les calendriers.

Les exemples présentés montrent comment calculer cette contribution dans différents montages Healthtech. Ils ne constituent ni une moyenne sectorielle ni un taux général de recours au financement non dilutif. Les résultats varient selon le stade de l’entreprise, la nature du projet et le niveau de détail des informations publiées.

Les repères Healthtech sur les trois dernières années, de 2024 à 2026

Ce benchmark couvre les annonces publiques publiées entre le 1er janvier 2024 et le 17 septembre 2026. Il ne forme pas une moyenne sectorielle : les entreprises, les stades de développement et les périmètres financiers diffèrent. Il permet toutefois de comparer quelques opérations pour lesquelles les montants de subventions et de capitaux complémentaires sont suffisamment documentés.

Lorsque les montants sont disponibles, un indicateur est retenu : la part non dilutive, calculée comme le non-dilutif divisé par le financement total documenté. Les montants exprimés dans des devises différentes ne sont pas convertis : chaque ratio est calculé dans la devise de l’annonce.

Des opérations comparables, mais pas parfaitement homogènes

Année Entreprise et opération Non-dilutif documenté Indicateur conservé
2024 Talus Bioscience : financement Seed+ Plus de 7,3 M$ de subventions cumulées Part non dilutive minimale : 27,0 %
2024 BOYDSense : augmentation de capital pour un dispositif de mesure non invasive de la glycémie Montant distinct du soutien non dilutif non publié dans l’annonce Ratio non calculable
2025 Hemerion Therapeutics : financement de série A 2,5 M€ de subventions publiques, dont 1,5 M€ du FEDER et 1 M€ de Bpifrance Part non dilutive : environ 38,3 %
2025 Syntis Bio : série A et subventions NIH Jusqu’à 5 M$ de subventions NIH Part non dilutive maximale : 13,2 %
2025 Micron Biomedical : extension de série A et soutien public ou philanthropique 3,7 M$ de CEPI, 2 M$ de BARDA et 7,5 M$ de la Fondation Gates, soit 13,2 M$ de soutiens annoncés Lecture indicative sur une base cumulée : part non dilutive d’environ 28,6 %
2026 En Carta Diagnostics : premier closing pour des diagnostics moléculaires à domicile 2 M€ de financement non dilutif provenant de Bpifrance et d’autres partenaires Part non dilutive : 40,0 %

Une évolution à interpréter avec prudence

Les données disponibles ne montrent pas de hausse ou de baisse mécanique de la part non dilutive entre 2024 et 2026. Les cas recensés se situent entre environ 13,2 % et 40 %, mais ces ratios ne sont pas directement comparables : ils reposent selon les entreprises sur une opération isolée, des financements cumulés, des subventions plafonnées ou des soutiens affectés à un programme précis. Cette dispersion reflète davantage la structure des projets, leur stade de maturité et le niveau de détail des annonces qu’une évolution uniforme du marché.

Le repère quantitatif doit aussi être interprété dans le temps. Un financement non dilutif peut être obtenu plusieurs mois après une levée et produire ses effets pendant six à dix-huit mois. Il devient alors difficile de rattacher chaque aide à une opération précise ou de comparer des périmètres homogènes.

Dans les phases d’amorçage et les Séries A, les besoins sont généralement plus réduits et les aides peuvent couvrir une partie importante du programme de R&D. Une part non dilutive élevée est donc possible en combinant aides à la R&D et, dans certains cas, emprunt bancaire classique. Un ratio de 100 % voire davantage peut être atteint, notamment avec les aides de la BPI. Plus le ratio entre les dépenses de R&D et les dépenses totales de l’entreprise est élevé, plus la part éligible aux aides augmente.

À mesure que les besoins progressent, notamment en Séries A et B, voire au-delà, les montants nécessaires à la validation clinique, à l’industrialisation ou au déploiement commercial peuvent dépasser les plafonds des dispositifs non dilutifs. Les capitaux dilutifs prennent alors davantage de place, même si les financements européens peuvent renforcer les aides nationales. Un ordre de grandeur de 25 % à 50 % peut être observé, mais chaque cas reste différent.

Conclusion

L’effet de levier recherché en non dilutif est donc un point important à travailler et surtout à anticiper.

Pour un dirigeant de biotech, medtech ou e-santé, cette anticipation suppose de relier le dilutif obtenu ou ciblé, les ratios financiers et les besoins restant à couvrir. L’accompagnement d’un CFO à temps partagé spécialisé dans le secteur aide à coordonner cette analyse avec les autres ressources prévues et les échanges liés au financement.