Les conseils mobilisés dans une levée de fonds n’ont ni la même mission ni le même calendrier. Leur place se comprend à partir des échanges entre vous, dirigeante de la startup, et les investisseurs : vous portez le projet et les arbitrages de l’entreprise, tandis qu’ils examinent les conditions de leur participation. Les intervenants en levée de fonds apportent des contributions distinctes à ce dialogue. Le DAF, les experts-comptables, les auditeurs, les avocats et les banques d’affaires ne constituent donc pas une équipe à réunir systématiquement. Leur intervention dépend des besoins de l’opération et du mandat confié.
Les missions des conseils de la startup dans la levée
Un même dossier peut être préparé, expliqué, examiné ou traduit en documents juridiques. Ces travaux répondent à des questions différentes. Comprendre leur périmètre permet de distinguer celui qui produit une information, celui qui l’analyse et celui qui accompagne sa discussion avec les investisseurs. Le tableau met ces contributions en regard, avec les moments où elles peuvent être mobilisées.
| Intervenant | Mission dans l’opération | Périmètre de contribution | Moments d’intervention |
|---|---|---|---|
| DAF — directeur administratif et financier | Structurer la stratégie de financement, fiabiliser les hypothèses financières et coordonner les contributions nécessaires au dossier. | Plan de financement, budget, prévisions de trésorerie, scénarios de levée, rapprochement entre comptabilité et présentation financière, cohérence avec les jalons scientifiques et préparation des réponses financières aux investisseurs. Il ne se substitue ni à l’expert-comptable ni à l’avocat. | Dès le cadrage de l’opération, puis pendant la préparation du dossier, les échanges avec les investisseurs et le suivi des demandes. |
| Expert-comptable | Produire, contrôler ou expliquer les informations comptables et financières historiques de l’entreprise. | Comptes annuels ou intermédiaires, données comptables, traitement d’opérations spécifiques et justification des chiffres communiqués, selon sa mission. | Lors de la préparation du dossier, puis en réponse aux questions portant sur les comptes ou les informations financières historiques. |
| Auditeur | Vérifier, dans le cadre de son mandat, certains éléments du dossier et signaler les points nécessitant un examen ou une justification complémentaire. | Pièces, comptes, contrats ou risques inclus dans le périmètre défini. L’auditeur apprécie les éléments selon sa mission et son niveau d’assurance ; s’il est mandaté par l’investisseur, il agit pour celui-ci et non comme conseil de la startup. | Pendant la due diligence ou l’examen approfondi du dossier, après transmission des pièces nécessaires. |
| Avocat | Sécuriser les engagements juridiques de l’opération et conseiller la dirigeante dans la négociation des droits et obligations des parties. | Lettre d’intention, documentation d’investissement, pacte d’actionnaires, garanties, gouvernance, droits des investisseurs et adaptation des statuts, selon les documents négociés. | Avant les premiers engagements, pendant la négociation des conditions d’investissement et jusqu’à la signature et à la réalisation de l’opération. |
| Banque d’affaires | Organiser le processus de recherche d’investisseurs et faciliter les échanges, lorsqu’elle est mandatée par la startup. | Définition de la stratégie de sollicitation, identification des investisseurs, présentation du dossier, prises de contact ; souvent, elle participe aux entretiens avec le dirigeant, à la coordination du processus, au suivi des discussions et à l’appui à la négociation. Elle ne certifie pas les comptes et ne remplace pas le conseil juridique. | Avant les prises de contact, pendant la mise en concurrence éventuelle des investisseurs et jusqu’à la finalisation des discussions. |
Le mandat reste déterminant, notamment pour les audits. Le mémento « Préparer sa levée de fonds » de Réseau Entreprendre précise que l’investisseur peut mandater des conseils spécialisés pour approfondir certains points du dossier. Ceci est aussi vrai pour les aspects scientifiques et les potentiels marchés, qui peuvent être très variés dans les domaines de la santé. Les fonds contacteront alors soit des experts qu’ils connaissent ou qu’ils ont en interne, soit des experts indépendants qui font référence, soit des experts qui gravitent autour de la société.
Si nous en revenons aux éléments financiers stricto sensu, les périmètres peuvent aussi se recouper sans rendre les missions interchangeables. Ainsi, l’expert-comptable peut contribuer à la présentation financière et une banque d’affaires à sa présentation aux investisseurs. Leur contribution respective dépend des travaux convenus. La dirigeante conserve la maîtrise du projet et des positions défendues dans la discussion.
Les calendriers d’intervention des conseils dans la levée
Les moments indiqués dans le tableau ne forment pas une succession de passages obligatoires. Plusieurs contributions peuvent avancer ensemble. L’expert-comptable intervient souvent dès la préparation, mais l’examen approfondi demandé par un investisseur peut le mobiliser en cas de question. Le calendrier dépend de la disponibilité des informations, des questions soulevées et de l’avancement des négociations.
Pour le DAF, la continuité de l’accompagnement permet de relier ces interventions aux échanges que vous conduisez. Il peut suivre les demandes adressées à l’entreprise et vous aider à distinguer celles qui appellent une précision comptable, une analyse financière ou une réponse juridique. Son rôle porte alors autant sur l’articulation des travaux que sur leur contenu.
L’expert-comptable intervient utilement avant que les documents financiers soient discutés. Sa contribution peut ensuite se prolonger lorsque des questions portent sur les informations présentées. L’avocat a également une place en amont : certains engagements préparatoires peuvent orienter la suite des négociations. Sa mission ne se limite donc pas aux documents signés à la fin de l’opération.
L’auditeur intervient sur les éléments compris dans sa mission lorsque leur examen est engagé. Son travail suppose que les pièces correspondantes soient disponibles.
La banque d’affaires, lorsqu’elle accompagne la levée, peut donner un avis critique sur le deck en anticipant les attentes des fonds, préparer les prises de contact puis suivre les discussions. Ces calendriers se croisent : une question apparue dans un échange peut nécessiter un complément financier avant que la négociation se poursuive.
Prenons une demande de précision sur des dépenses de développement figurant dans le dossier. L’expert-comptable peut expliquer leur traitement comptable, le DAF les replacer dans les besoins de financement et l’auditeur examiner les pièces si elles relèvent de son mandat. Si la discussion conduit à modifier une condition d’investissement, l’avocat intervient sur sa formulation juridique. La question reste la même, mais chaque contribution répond à une partie différente de la réponse attendue.
Conclusion
Le rôle de chef d’orchestre du CEO consiste à maintenir un lien entre les contributions et les discussions avec les investisseurs. Pour une dirigeante de biotech, de medtech ou de santé, l’accompagnement d’un DAF à temps partagé spécialisé en Healthtech prend son sens à cet endroit : relier les missions, anticiper leurs dépendances et suivre leurs calendriers. Il vous aide à conserver une vue d’ensemble, sans se substituer à l’expert-comptable, à l’auditeur, à l’avocat ou à la banque d’affaires. Le repère reste la contribution attendue de chacun, au moment où l’opération en a besoin.